Je poste moins sur mon blog en ce moment, car je suis très prise par mes nouveaux clients et l’écriture de mon livre. La décoration de la maison est aussi un peu en pause. Mais j’ai promis, dès le début de ce blog, de partager les différentes facettes de notre vie, et l’art y tient une place très importante. Je partagerai bientôt, sur une autre page, quelques-unes de mes peintures, mais aujourd’hui, ce sera sur le thème de la sculpture.
J’ai toujours adoré cet art, surtout les œuvres antérieures au XXᵉ siècle. J’ai commencé à travailler sérieusement l’argile lorsque j’étudiais l’art à Paris, mais je consacrais alors plus de temps à la peinture qu’à la forme en 3D. Pourtant, pendant des années, j’ai gardé le désir de retrouver le plaisir de modeler la terre de mes mains. Un jour, je me suis décidée à créer ce que je rêvais de faire depuis longtemps : le buste d’une femme. Encore une fois, pas une sculpture moderne, mais inspirée d’une période que j’affectionne particulièrement : la Régence, au début du XIXᵉ siècle.

Je vivais encore en Angleterre à ce moment-là et je relisais tous les romans de Jane Austen, mais cette fois en anglais. Par hasard, je suis tombée sur une annonce d’un lieu où les sculpteurs pouvaient apporter leurs créations pour les faire cuire dans un kiln — un four pour céramique qui me manquait cruellement. C’est aussi à ce moment-là que j’ai décidé de baptiser ce buste Lady Waterhouse. Enfin, j’avais une vision claire de ce que je voulais créer… mais passer de la vision à la réalisation était une autre histoire.
Comme Timothy et moi nous occupions de ma belle-mère dans un petit cottage, ce n’était pas évident. Je me suis installée dans la cuisine pour travailler l’argile, et comme la sculpture prend toujours plus de temps qu’on ne l’imagine, j’ai dû, maintes et maintes fois, l’envelopper dans du film plastique ou des chiffons humides pour éviter qu’elle ne sèche trop entre deux sessions.





Le début n’était pas très prometteur : mon buste ressemblait plus à la fée Carabosse qu’à Cendrillon ! 😄 Mais heureusement, petit à petit, Lady Waterhouse s’est améliorée : les proportions devenaient plus justes, les traits plus fins.
Tout au long du processus, j’ai pris énormément de risques : aucun outil de mesure, des temps de séchage parfois trop longs (au risque de fissures, voire d’explosion au four), l’ajout des cheveux sur une argile déjà travaillée… Bref, tout ce qu’il ne faut pas faire ! Mais ce blog est aussi là pour partager des astuces et aussi des erreurs à éviter 😉
Sans ses cheveux, ma Lady ressemblait plus à Sinead O’Connor qu’à Jane Eyre, rire, mais au fur et à mesure que j’ajoutais les bandes d’argile sur son crâne, elle se rapprochait de ma vision.




Et puis il y a eu le moment très stressant de la découper pour la creuser de l’intérieur. Après tant d’heures de travail, ce n’était pas évident de lui couper la tête !



Heureusement, avec l’aide de Timothy pour retenir le haut de la sculpture pendant que je lui coupais le cou, je la libérais de son “ossature” de fil de fer et son rembourrage de journaux et plastique, le creusage s’est bien passé. Ouf !
Le moment était venu de la reconstruire. Une fois la tête solidement rattachée à son cou et sa coiffure remise en ordre, j’ai pu fixer le chignon bas. J’ai ensuite collé la boule de céramique qui, à l’origine, devait prendre place entre le buste et le socle… mais ça, c’est une autre galère.



Une fois “le bandeau” terminé, j’ai commencé à créer un chignon natté pour poser au dessus de la nuque. À un moment, j’ai ajouté un peigne, mais j’ai changé d’avis : la coiffure faisait plus « Spanish flower » que rose anglaise.





Malheureusement, le globe n’était ni assez solide, ni suffisamment sec pour supporter le poids du buste. Il s’est affaissé sous la charge. Grrrr… J’ai dû abandonner l’idée et repenser entièrement le socle pour en créer un beaucoup plus robuste. Encore une leçon à retenir : la prochaine sculpture sera pensée dans les moindres détails, socle compris !
Et le travail était encore loin d’être terminé. Il fallait encore peaufiner, lisser, bref, la préparer minutieusement avant son passage au four. Perfectionniste que je suis, j’y ai passé de longues heures, consciente qu’une fois cuite, il n’y aurait plus de retour possible.



Il fallait ensuite la transporter fragile dans la voiture, l’amener au centre de céramique, la laisser sécher plusieurs semaines, puis la faire cuire… Beaucoup me disaient qu’elle ne survivrait pas, qu’elle était trop lourde, qu’elle risquait d’exploser. Vous pouvez imaginer mon soulagement quand je l’ai récupérée intacte, d’une couleur encore plus belle que lorsqu’elle était humide !


Avouez que cette histoire méritait d’être racontée ! J’espère qu’elle inspirera quelques sculpteurs en herbe qui hésitent à se lancer dans des pièces plus ambitieuses qu’un bol ou une cruche (même si je n’ai rien contre les récipients en céramique 😉). Si, comme moi, vous aimez donner forme avec vos doigts à ce qui vous trotte dans la tête, n’hésitez pas : vous n’avez rien à perdre. Même les erreurs sont des leçons précieuses pour faire mieux la prochaine fois.


Toujours un plaisir de revoir la naissance de Lady Waterhouse 😉
Toujours un plaisir de revoir la naissance de Lady Waterhouse 😉
Merci Catherine. Oui, beaucoup de mes amis m’ont contactée (hors bog) pour me dire qu’il n’avait pas réalisé le travail investi dans ce buste. Une des raisons pour laquelle j’aime partager… 🙂